mardi 11 septembre 2012

Le bruit des cuisines

Je crois que j'avais 22 ans lorsque j'ai déménagé à Toronto. Parlant un anglais approximatif et ne sachant pas où j'allais poser mes deux valises, je rêvais de rendre le monde meilleur. Comme tout les jeunes gens. Mon premier boulot en tant que « jeune professionnelle » fut comme une espèce de révélation.

Deux ou trois jours semaine, je devais me rendre dans un foyer de soins pour personnes âgées dans le centre-ouest de la ville. Un établissement chrétien conservateur. Vous savez, ce genre de lieu où les résidents qui y passent les dernières années de leur existence n'ont ni le droit de boire de l'alcool ni le droit de danser. Bref, la directrice du service alimentaire, Yolanta, guidait ses troupes d'une main de fer. On aurait cru Madame Tatcher. Elle me faisait trembler. Parmi les employés de la cuisine, une imposante dame des Caraïbes qui y était depuis toujours. Je me demandais même si elle n'était pas née entre le poêle et le frigidaire. Le restant du groupe était composé de gens en provenance des Philippines et du Portugal.

Ça parlait fort dans la cuisine. Afin de bien se comprendre, ou plutôt de trouver un terrain d'entente, il ne fallait pas passer par quatre chemins. « Straight to the point » Ben Stéphanie, elle sortait de l'école. Elle était charmante avec son accent. Elle avait un peu la frousse, mais elle était remplie de bonnes intentions. En effet, elle ne voulait rien de moins que de changer le monde. Une jeune qui dicte à des employés ayant deux fois son âge quoi servir aux résidents. Qui change certaines méthodes que ces mêmes employés mettent en pratique depuis longtemps. Tension.

À chaque fois qu'un changement quelconque était proposé dans la cuisine, des voix s'élevaient. Des voix à l'accent portugais. Et ces dames qui portaient cet accent, osaient venir m'affronter dans la salle à manger. Même lorsque j'étais en train de discuter avec des résidents ou avec leur famille! C'est à ce moment que le Portugal s'est définit comme un peuple à caractère fort. Un peuple ne craignant pas l'affrontement. J'ai rencontré plusieurs Portugais par la suite, mais ma perception est demeurée la même. « Ils parlent fort. »

Mon impression ne m'est jamais sortie de l'esprit. J'ai un peu honte de l'avouer, mais celle-ci est restée jusqu'à la semaine dernière. J'ai visité quelques villes ici : Lisbonne, Porto, Coimbra, Sintra, Aveiro. J'ai rencontré des gens courtois qui ont de la douceur autant dans la voix que dans les yeux. Qui ne parlent pas plus fort, sinon moins, que les Canadiens ou les Anglais ou les Allemands. Et si les bruits de cuisine, faisant élever les voix, étaient universels?

Je ne sais pas du tout où je m'en vais avec cette histoire. Je la trouve amusante. Comme quoi, voyager, ça sert aussi à interroger nos idées préconçues.

Sur les photos: 1 et 2 : Coimbra, 3 : Stéphi à Coimbra, 4 : Palais Buçaco, 5 : Chapelle du palais Buçaco, 6 : plage à Aveiro et 7 et 8 : Coimbra à nouveau.








1 commentaire: