Un petit cimetière. Discret. Impossible à trouver si on n'est pas du coin. Il est impeccable, imposant le silence et la retenue. Je veux poser le vélo. Mais où? Tout est si bien entretenu, il serait déplorable de ruiner le tableau. Je me décide finalement à entrer et je l'aperçois. Il flotte dans le vent. Un drapeau de l'Acadie. Il est droit, à sa place. Pour un instant, j'oublie que je suis en France.
Le coquelicot. Assise en-dessous d'un gros arbre, je réfléchis. Il n'y a aucun son, sinon celui des feuilles qui dansent sous le vent. La petite plante rouge. Je ne peux me résoudre à accrocher le coquelicot à mon vêtement en novembre. Je n'ai jamais réussi à bien saisir l'implication des canadiens aux deux conflits. Mon grand-père m'a déjà raconté des histoires de jeunes hommes se cachant dans la forêt afin d'éviter la conscription. Et tous ceux qui sont se sont envolés sans comprendre et laissant derrière eux leur bien-aimé et leurs enfants. Pourquoi? Pour prouver au monde entier que le Canada était une grande nation?
Il y a plus de 2 000 soldats dans ce cimetière militaire canadien situé à Reviers, en Normandie. Presque tous les hommes enterrés sont des canadiens. Morts en juillet 1944. Selon le registre à l'entrée, seulement 18 personnes n'ont pas été identifiées. Ce qui m'étonne, sur la plupart des pierres, un mot de la famille. Un mot, qui souvent, te va droit au coeur. Des noms familiers, Robichaud, Leblanc, Hébert, Doucet. Des jeunes hommes qui ont vu la France pour un premier et dernier matin. Ils suivaient les ordres. J'imagine la peur. Je les trouve courageux.
Réveil à 5 h 45. Il fait noir et je ne vois absolument rien, aux guidons de mon vélo. (Bon, c'est plutôt le bicycle à Frédérick. Il est à Moncton pour la prochaine année et il ne se doute probablement pas que je suis en train de l'utiliser pour faire une bonne partie de la Normandie.) Arrivée à la gare de Rouen, je prends le train direction Caen (Seconde parenthèse : la ville Caen se prononce « quand » et elle est notamment jumelée à Nashville, Tennesse. Pour ceux que ça intéresse.). En sortant, comme je ne sais pas où est le nord, je demande les directions. Je me perds trois fois en route. Pas dramatique, car ça me permet de découvrir des petites communes plus jolies les unes que les autres : Mathieu, Douvres-la-délivrande, Beny-sur-Mer.
Après le cimetière, j'hésite un moment à me rendre à Juno Beach, une des plus importantes plages du débarquement. La plage n'est qu'à quelques kilomètres, pourtant. Je crains de manquer le train du retour. « Tu reviendras sûrement pas. Pédale. » Une plage des plus diverses. Dépouillée de touristes à ce temps de l'année. Je m'assieds et je contemple. Sage décision qu'était celle de venir ici. Quétaine, mais je veux me souvenir.
Un petit 50 km de vélo au total. Avec le vent dans la face pour revenir. Une chance que la Basse-Normandie est plate.
Je ne pense pas que je porterai le coquelicot. Mais j'aurai une pensée pour ces gars qui sont morts en voulant la paix.
Le zèle - Il est universel. En France, il faut composter les billets de train. Geste impératif. Comme celui de s'acheter le billet. Et bien, hier, j'ai oublié de composter. Le monsieur à la moustache bien fournie ne rigolait pas. Amende de 10 Euros. À payer sur le champs. Pas d'affaire de laisser une petite chance à la charmante touriste. Plus tard, je somnole. Je me fais tapper sur le genou. Le monsieur à l'imposante moustache me fait signe d'enlever mes pieds du banc. Perceptions probables des autres passagers du wagon : petite touriste canadienne délinquante et sans manières. J'aime ça.
Les puces - Il y en a chez Sylvie (Frederick). Ce matin, un chat est apparu de nulle part dans la cuisine. Et si les puces venaient de lui? Je dois mettre le chat dehors. À la porte, son ami l'attend. Moi qui voulais tranquillement prendre un café. J'étais d'une gaieté mes amis.
J'ai été embauchée pour les vendanges. La récolte devrait débuter le 16 septembre. Elle est petite et ne se prolongera que sur une dizaine de jours. L'expérience sera peut-être éprouvante, mais elle est nécessaire. Entre temps, j'irai au Portugal. J'en parle depuis si longtemps.
(Sur les photos : chemin menant au cimetière canadien, cimetière, plage du débarquement, stéphi à la plage du débarquement)





Super beau
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